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Conférences autour de Jane Dieulafoy

Dernière mise à jour : 9 avr.

Une reconnaissance tardive.

Jane Dieulafoy a eu un parcours de vie exemplaire, d'une richesse intellectuelle considérable. Grande voyageuse, écrivaine et conférencière, elle s'est brillamment illustrée en tant que première archéologue française et première photographe immortalisant les ruines de l'antique Persépolis. Elle compte parmi les trente premières femmes à avoir reçu une légion d'Honneur et c'est une des rares femmes à voir son nom figurer sur un monument aux morts.

Jusque dans les années 1990, elle est demeurée inconnue du grand public. Ève et Jean Gran-Aymerich lui ont consacré une biographie (Une Vie d'homme, éditions Perrin), qui est restée longtemps la seule référence sur le sujet. Puis, durant les années 2000, les récits de voyage de Jane Dieulafoy ont été réédités en format poche aux éditions Phébus. Malgré tout, sa popularité est demeurée assez confidentielle. Au cours des deux dernières décennies, on a cherché à réduire le fossé entre les hommes et les femmes, en permettant à ces dernières de se réapproprier leur histoire. Pendant longtemps, la transmission historique et culturelle s'est faite au détriment de la moitié de l'humanité. Les personnalités féminines étaient sous-représentées dans les programmes scolaires, comme dans de nombreux domaines. Devant ce regain d'intérêt pour l'Histoire des femmes, de nombreux d'ouvrages ont vus le jour. Une aubaine pour Jane Dieulafoy, qui est devenue l'objet de toutes les attentions dans les pays anglo-saxons[1], avant d'envahir, très progressivement les médias français et la presse internationale.

La notoriété reste une chose fugace qui résiste mal au temps qui passe. Jane Dieulafoy fait partie de ses personnalités qui ont fini par sombrer dans les oubliettes de l'Histoire, avant de faire un retour inattendu sur le devant de la scène. Au Panthéon de l'humanité, une foultitude de femmes et d'hommes ont disparu de la mémoire collective, alors même que leur destinée reste intimement liée à une découverte, une avancée scientifique ou une action remarquable. La raison pour laquelle certains continuent d'être populaires et d'autres non demeure assez mystérieuse.

En ce qui concerne Jane Dieulafoy, ce qui est indéniable, c'est qu'elle fut une pionnière à bien des égards, mais qu'elle ne correspondait pas aux diktats en rigueur de son temps. Dans son habillement et dans ses attitudes, elle n'était pas conforme à ce que l'on attendait d'une bourgeoise de la Belle-Époque. Ce qui n'a sans doute pas plaidé en sa faveur. On a tôt fait de mettre de côté ce qui dérange et ne rentre pas dans la norme. Son modèle aurait pu inspirer des jeunes filles en quête d'émancipation. À une certaine période, pas si lointaine, les femmes devaient demeurer à leur place, c'est à dire un rang derrière les hommes. Jamais on aurait pu imaginer les hommes et les femmes occupant sur un pied d'égalité le même podium. Heureusement qu'il y a eu des personnalités hors du commun pour faire avancer les choses, Jane Dieulafoy en fait partie à plus d'un titre.

À sa mort survenue le 25 mai 1916, de nombreux journaux saluent la disparition d'une grande dame. De l'autre côté de l'Atlantique, le New-York Times évoque le décès de la femme la plus remarquable de toute l'Europe. Plus d'un siècle après sa disparition, c'est également depuis l'Amérique que la personnalité atypique de Jane Dieulafoy refait parler d'elle. Récemment, plusieurs études universitaires américaines et canadiennes se sont penchées sur son parcours, avant d'être relayées dans les médias internationaux comme le National Geographic ou la BBC, qui ont publié son portrait, sous le titre évocateur de cette archéologue française qui a enfreint la loi en portant un pantalon. Cette fois-ci, il semble que l'heure soit venue pour Jane Dieulafoy de sortir définitivement de l'ombre pour demeurer enfin dans la lumière.

La figure emblématique de Jane Dieulafoy a fini par séduire de nombreuses institutions, comme nous le montre cette décision de la commune d'Escalquens (31750) de donner son nom à son collège nouvellement construit. Un patronage prestigieux pour ses jeunes élèves. On ne saurait s'arrêter en si bon chemin.... Une demande de plaque commémorative a été validée par la municipalité toulousaine. Le dévoilement de celle-ci dans la rue natale de Jane Dieulafoy, en plein coeur historique de la ville rose, est prévue pour l'année 2022, et sera concomitant de la pose d'une plaque identique dans la rue natale de son époux Marcel, qui le mérite tout autant.

Au fil de mes conférences, je découvre un public conquit par les épisodes marquants de la vie de Jane Dieulafoy et de son mari Marcel. Malgré les masques, je devine les sourires de celles et ceux qui découvrent cette figure emblématique. Leur étonnement sincère face à cette destinée si fabuleuse me comble de joie. Mon travail de biographe commence, peu à peu, à porter ses fruits. Le voile sombre qui a trop longtemps recouvert cette héroïne finira bien par disparaitre tout à fait. A chacune de mes interventions, c'est du terrain de gagner contre l'oubli. Cela me donne un élan formidable et me pousse à poursuivre cette folle épopée sur les pas d'une aventurière particulièrement attachante.















[1] Les pays anglo-saxons ont toujours eu une longueur d'avance dans les évolutions sociétales et le droit des femmes. À titre d'exemple, le mouvement des suffragettes pour le droit de vote des femmes est né en 1903, en Grande-Bretagne, et le premier journal féministe The Lily, qui fut publié dès 1849, était américain.

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